La demande arrive par mail, souvent le vendredi après-midi. Un salarié a repéré une formation « Mieux se connaître pour mieux travailler ensemble », ou « Découvrez votre personnalité avec la méthode Arc-en-Ciel », ou un autre intitulé qui fleure bon le développement personnel. Coût : 1 800 €. Financement : Mon Compte Formation. Zéro euro à charge pour l’entreprise. Le collaborateur est motivé, le budget est disponible, la hiérarchie n’a qu’à signer. Si vous êtes dirigeant, vous avez peut-être déjà eu ce mail.

Vous l’avez peut-être même signé. Après tout, pourquoi refuser ? Le salarié est content, l’entreprise ne paie rien, et qui sait, il en ressortira peut-être plus coopératif.

C’est là que le bât blesse. Parce que la formation aux couleurs de personnalité n’est pas un outil de gestion des ressources humaines. C’est un produit marketing qui a trouvé un second souffle grâce au CPF. Et quand on gratte un peu, le vernis Qualiopi ne cache plus grand-chose.

Ce que ces tests mesurent, et ce qu’ils ne mesurent pas

Les formations « couleur de personnalité » existent depuis les années 1990. Elles s’appellent DISC, Process Communication, MBTI, Arc-en-Ciel, 4Colors, ou une déclinaison maison qui mélange un peu de tout ça. Le principe est toujours le même : répondre à un questionnaire d’une soixantaine d’items, obtenir un profil dominé par une couleur (rouge, jaune, vert, bleu), et en déduire des tendances comportementales.

La promesse : un salarié qui connaît sa couleur saura mieux communiquer, mieux gérer son stress, et mieux collaborer avec les autres couleurs. L’idée est séduisante. Elle est simple à comprendre, facile à retenir, et elle donne l’impression qu’on a mis des mots sur des ressentis.

Le problème, c’est que ces outils ne mesurent pas une compétence. Ils produisent une photographie déclarative de préférences personnelles à un instant T. Un salarié fatigué répond différemment d’un salarié en pleine forme. Un manager qui passe le test après un conflit obtiendra un profil différent de celui qu’il aurait eu trois semaines plus tôt. La fiche couleur qu’on vous remet en fin de session n’est pas un diagnostic. C’est un selfie.

Pourquoi l’OPCO refuse, et pourquoi il a raison

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Depuis la réforme de 2018, le plan de développement des compétences a remplacé l’ancien plan de formation. Le changement de nom n’est pas cosmétique. Il signale une philosophie : l’employeur forme ses salariés pour maintenir leur employabilité, pas pour explorer leur jardin intérieur.

Concrètement, une formation est finançable quand elle répond à l’un de ces trois objectifs :

  • Adapter le salarié à son poste de travail.
  • Maintenir son employabilité face à l’évolution des techniques.
  • Préparer une mobilité professionnelle dans l’entreprise.

Une session « Découvrez votre couleur de personnalité » n’entre dans aucune de ces cases. Elle ne transmet pas un savoir-faire technique. Elle ne certifie rien. Elle ne prépare à aucune fonction identifiée dans la convention collective. L’OPCO le sait, et c’est pour ça qu’il refuse ce type de dossier depuis au moins 2022.

Certains organismes de formation contournent le problème en maquillant leur offre. On ne parle plus de « développement personnel » mais de « communication professionnelle ». On ajoute un module sur la gestion des emails ou la conduite de réunion. L’emballage change, le fond reste le même : un questionnaire de personnalité, un débriefing en groupe, et une attestation de présence qui ne certifie absolument rien.

Le détour par le CPF

Reste le financement direct par le salarié, via Mon Compte Formation. Là, le contrôle de l’employeur est plus limité : une demande de CPF sur le temps de travail nécessite votre autorisation, mais vous ne pouvez pas la refuser au motif que la formation ne vous plaît pas. Le refus doit être motivé par des raisons de service.

En revanche, un salarié peut mobiliser son CPF hors temps de travail sans vous demander votre avis. C’est son droit, et vous n’avez rien à dire.

Mais en tant qu’employeur, vous avez le droit de vous poser une question : est-ce que cette formation sert l’entreprise ? Parce que si la réponse est non, vous pouvez légitimement refuser de l’inscrire dans le plan de développement des compétences. Et si le salarié la suit sur son temps libre, il n’y a aucune raison de l’intégrer ensuite dans un entretien professionnel, une promotion, ou une quelconque évolution salariale. Ce n’est pas de la formation professionnelle. C’est un loisir.

Le coût rapporté à l’efficacité mesurable

1 500 à 2 500 € pour deux jours en présentiel, 800 € en visio. Rapporté à la journée, c’est comparable à une formation bureautique avancée. Sauf qu’Excel, ça s’évalue : un salarié qui suit une formation tableaux croisés dynamiques produit des tableaux croisés dynamiques en sortie. Avec les couleurs, l’évaluation est impossible. Le ressenti d’un groupe qui a passé deux jours à parler de lui-même dans un cadre bienveillant est presque toujours positif. Biais de confirmation.

Prestataire sérieux ou marchand de tapis

Il y a ceux qui vous parlent de compétences, et ceux qui vous parlent de couleurs. C’est un bon premier filtre.

Un organisme sérieux vous présentera un programme qui mentionne des compétences précises, avec des situations professionnelles identifiées et des mises en pratique concrètes. Il saura vous dire quels métiers sont concernés, à quel niveau de responsabilité, et comment l’acquis sera évalué.

Un marchand de tapis vous parlera d’épanouissement, de connaissance de soi, d’intelligence relationnelle, et vous remettra un profil couleur sans jamais vous expliquer ce que ce profil permet de faire différemment au travail. Son site aura une page « CPF 100 % financé » avec un bouton d’inscription en ligne, et son argument principal sera « découvrez qui vous êtes vraiment ».

Le label Qualiopi n’y change rien. La certification Qualiopi atteste que l’organisme respecte un processus qualité : des objectifs clairs, des formateurs compétents, une évaluation des acquis. Mais elle ne vérifie pas le contenu de la formation. Un stage de coloriage peut être Qualiopi s’il est bien documenté. Ça ne prouve pas qu’il est finançable, ni qu’il sert à quelque chose.

Les trois questions à poser avant de signer quoi que ce soit

Trois questions tranchent. À adresser à l’organisme, pas au salarié, et de préférence par écrit.

  1. Sur quel référentiel de compétences cette formation s’appuie-t-elle ? Si la réponse ne mentionne ni le RNCP, ni le RS, ni un CQP de branche, la formation n’est pas certifiante. Elle ne vaut rien sur un CV.

  2. Quelle est la modalité d’évaluation des acquis ? Si la réponse décrit un tour de table ou une auto-évaluation, c’est un non. Une vraie formation professionnelle évalue ce que le stagiaire sait faire à la sortie.

  3. Quel est le taux d’insertion à six mois des stagiaires ? Si l’organisme ne sait pas répondre, c’est qu’il ne fait pas de suivi. Et s’il ne fait pas de suivi, c’est que sa formation n’a pas d’impact professionnel mesurable.

En général, ces trois questions suffisent à faire le tri. Votre salarié aura toujours envie de mieux se connaître, et c’est très bien. Mais ce n’est pas à l’entreprise de financer ça.

Questions fréquentes

Une formation couleur de personnalité peut-elle être financée par le CPF ?

Oui, à condition d’être certifiante et enregistrée au Répertoire Spécifique. La plupart des formations couleur de personnalité ne le sont pas. Elles misent sur des intitulés flous et des attestations sans valeur. Avant de mobiliser votre CPF, vérifiez la certification sur le site Mon Compte Formation.

Quelle est la différence entre DISC, MBTI et les autres tests ?

Aucune différence fondamentale sur le fond. Ce sont des typologies de personnalité déclaratives, fondées sur des questionnaires, sans validation scientifique. Le MBTI vient des États-Unis dans les années 1960, le DISC des années 1920, Process Communication des années 1970. Ils ont tous la même limite : ils mesurent ce que vous pensez de vous-même, pas ce que vous savez faire.

Mon salarié peut-il suivre cette formation sur son temps de travail ?

Oui, s’il a votre accord. Mais vous n’avez aucune obligation de rémunérer ce temps comme du temps de travail effectif si la formation n’est pas inscrite dans le plan de développement des compétences. Dans ce cas, le salarié peut mobiliser son CPF hors temps de travail, sans votre autorisation, mais sans maintien de salaire non plus.

Ces tests ont-ils une quelconque valeur en recrutement ?

Aucune. Utiliser un test de personnalité pour évaluer des candidats expose à un risque de discrimination et ne prédit en rien la performance future. Les recruteurs sérieux ne les utilisent pas. Ceux qui persistent le font souvent par méconnaissance des outils d’évaluation validés.

Quiz personnalisé

Votre recommandation sur formation couleur de personnalité

Trois questions pour identifier la formation et le dispositif de financement qui vous correspondent.

Q1 Votre situation ?
Q2 Votre objectif ?
Q3 Votre budget CPF / financement ?
Camille Roussel

À propos de l'auteur

Camille Roussel

Fondatrice & rédactrice en chef · spécialité CPF & Compte Formation

Ex-consultante RH passée par un OPCO et un cabinet d'expertise-comptable, Camille a accompagné une centaine de TPE/PME dans la mise en place de leur plan de développement des compétences. Elle a fondé Montuteur en 2019 parce qu'elle en avait assez d'expliquer dix fois par semaine la différence entre Pro-A et CPF de transition au téléphone.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans de dev. accompagnés