L’anglais professionnel. Peu de formations suscitent autant de demandes de CPF, et autant de méfiance du côté des dirigeants. Un salarié qui veut se former à une langue vivante, cela sonne souvent comme un caprice, une lubie, ou pire, un prélude à une démission pour un poste à l’étranger. Le réflexe est de classer la demande sans suite, ou de la laisser pourrir sur le bureau. On va démonter ce réflexe.

La réalité, c’est que la maîtrise d’une langue étrangère dans un contexte professionnel est un outil de compétitivité banalisé dans les grands groupes, et dramatiquement sous-estimé dans les PME et TPE. La question n’est pas de savoir si la formation est légitime, mais si le projet tient la route et quel dispositif peut le financer sans plomber la trésorerie.

L’anglais professionnel n’a rien d’un luxe pour cols blancs

On pense spontanément au commercial export ou au DAF qui négocie une levée de fonds à Londres. Mais l’anglais utile à l’entreprise se niche aussi dans des situations bien plus prosaïques. Un technicien de maintenance qui doit comprendre une documentation constructeur rédigée uniquement en anglais. Un chef d’équipe logistique qui échange avec un transporteur polonais dont la langue commune est l’anglais. Un artisan du bâtiment qui répond à un appel d’offres incluant des clauses techniques en anglais. Aucun de ces métiers n’est un métier « de langues ». Pourtant, une erreur de compréhension dans ces contextes peut coûter une commande, générer un retard, ou créer un litige.

La formation en langue vivante n’est donc pas une formation « plaisir » déconnectée du poste de travail. Elle peut parfaitement entrer dans un plan de développement des compétences, à condition de démontrer le lien avec l’activité de l’entreprise. Et cette démonstration, c’est le rôle du dirigeant de la construire avec le salarié, pas de la subir.

Ce que le CPF accepte vraiment de financer

Le CPF n’est pas un chèque en blanc pour n’importe quel cours d’anglais. L’Espace Des Organismes de Formation, ce que la profession appelle l’EDOF, référence uniquement des formations qui préparent à une certification inscrite au répertoire spécifique ou au RNCP. En clair, pas de certification, pas de financement.

Les certifications d’anglais les plus courantes dans Mon Compte Formation sont le TOEIC, le Linguaskill (ex-BULATS) ou le Bright Language. Ce sont des tests standardisés qui évaluent un niveau sur l’échelle du CECRL. Une formation éligible doit obligatoirement inclure le passage de l’examen, et l’organisme doit être certifié Qualiopi. C’est un premier filtre. Si un salarié revient avec un devis pour « 20 heures de conversation anglaise avec un natif », sans mention d’un test certifiant, le CPF ne passera pas.

La subtilité, c’est que tous les parcours certifiants ne se valent pas. Un organisme sérieux réalisera un test de positionnement avant de définir un volume horaire, et proposera un programme individualisé. Une plateforme low-cost se contentera de vendre un accès à des modules en ligne avec un passage d’examen au rabais.

Quand l’employeur a intérêt à mettre la main à la poche

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Laisser un salarié utiliser son CPF sans intervenir, c’est renoncer à orienter la formation vers un besoin réel de l’entreprise. L’abondement employeur permet de compléter le financement si le solde CPF ne couvre pas l’intégralité du coût, mais surtout de peser sur le choix de la certification et du contenu.

Concrètement, l’employeur peut décider d’abonder le CPF dans le cadre d’un accord négocié. La somme versée est alors exonérée de cotisations sociales dans certaines limites. C’est moins coûteux qu’un achat de formation via le plan de développement des compétences, et cela évite de devoir libérer le salarié sur son temps de travail si la formation a lieu hors temps de travail (ce que le CPF autorise). L’autre levier, c’est d’intégrer directement une action de formation en langue au plan de développement des compétences, si l’employeur parvient à justifier le lien avec le poste.

⚠️ Attention : une formation en langue sur le temps de travail reste du temps de travail effectif. Elle ouvre droit à maintien de la rémunération et ne modifie pas les cotisations retraite. Le sujet est plus large que ce seul article ; la rubrique Retraite & Prévoyance détaille les mécanismes à l’œuvre quand le salarié se forme sous contrat.

Côté administratif, si l’employeur abonde le CPF, la somme doit apparaître en DSN. La fiche de paie n’est pas qu’un bulletin, c’est aussi le vecteur déclaratif qui nourrit l’OPCO. Pour ne pas se tromper dans les lignes de déclaration, un passage par la rubrique Paie & Conventions évitera bien des retours de l’URSSAF.

La demande de formation peut masquer un projet de départ

C’est la crainte numéro un du dirigeant : que le salarié utilise l’anglais pour se barrer. Et c’est une crainte légitime. Un collaborateur qui finance seul une certification d’anglais via son CPF, sans lien avec son poste, envoie un signal.

Mais posons le problème autrement. Si un salarié veut partir, il partira. L’empêcher de se former ne le retiendra pas. En revanche, ouvrir le dialogue permet de comprendre la nature du projet. Le salarié veut-il simplement progresser pour se rassurer ? Préparer une mobilité interne vers un service export ? Ou effectivement quitter l’entreprise à terme ?

L’employeur ne peut pas s’opposer à une demande de CPF hors temps de travail. Il peut en revanche proposer de cofinancer un parcours qui sert aussi l’entreprise pendant le temps où le salarié est encore là. Une forme de donnant-donnant qui, bien menée, transforme un risque de départ en période productive gagnant-gagnant.

Éviter les usines à TOEIC et les faux organismes

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Le démarchage téléphonique autour du CPF a rendu méfiant, et c’est sain. Les offres « 100 % gratuites » qui promettent le niveau B2 en trois semaines sont légion. Un premier tri s’impose : vérifier le numéro de déclaration d’activité et la certification Qualiopi sur le portail officiel. Mais cela ne suffit pas.

Un organisme de qualité pour une formation en langue vivante, c’est d’abord un formateur qualifié, pas un étudiant en année sabbatique qui arrondit ses fins de mois. C’est un parcours qui alterne séquences synchrones avec un interlocuteur humain et travail personnel, pas un simple accès à une application mobile. C’est un suivi des progrès et une préparation sérieuse à l’examen, pas un simple voucher pour passer le TOEIC dans les quinze jours.

Les bons organismes ne démarchent pas par SMS. Ils ne vous appellent pas le samedi matin. Ils ne promettent pas un « financement assuré » avant d’avoir vu votre projet.

L’allemand, l’espagnol, le mandarin : même logique, autres marchés

Le CPF ne se limite pas à l’anglais. Toutes les certifications en langues vivantes éligibles sont admissibles. Pour une PME qui travaille avec l’Allemagne, le financement d’un parcours certifiant en allemand professionnel via le CPF est aussi valable, et souvent plus stratégique.

Le coût horaire des formations en langues rares est généralement plus élevé, mais le solde CPF reste mobilisable, et l’abondement employeur permet de boucler le budget. L’important n’est pas la langue choisie, c’est la cohérence avec le projet professionnel du salarié et, dans l’idéal, avec la stratégie de l’entreprise.

💡 Conseil : avant d’accepter ou de refuser une demande de CPF en langue, demandez au salarié de formuler par écrit la situation professionnelle concrète où la maîtrise de la langue lui fait défaut. Si le cas d’usage est introuvable, le projet est probablement récréatif. S’il est identifiable, vous tenez un argument pour en faire un levier collectif.

Questions fréquentes

Le CPF peut-il financer un séjour linguistique à l’étranger ?

Oui, si le séjour est intégré à une formation certifiante et qu’il est proposé par un organisme référencé sur Mon Compte Formation. La partie « immersion » est alors incluse dans le coût global. Mais ces séjours sont rares sur le catalogue CPF, et leur qualité dépend entièrement de l’organisme.

Un employeur peut-il imposer une formation d’anglais à un salarié réticent ?

Un employeur peut inscrire une formation en langue au plan de développement des compétences si elle est nécessaire au poste. Le salarié ne peut pas refuser une formation décidée par l’employeur dans ce cadre, dès lors qu’elle se déroule pendant le temps de travail. En revanche, il ne peut pas être contraint d’utiliser son CPF personnel pour cela.

Quelle est la différence entre un TOEIC et un test Linguaskill ?

Les deux sont des certifications d’anglais général ou professionnel alignées sur le CECRL. Le Linguaskill est un test adaptatif sur ordinateur développé par Cambridge Assessment English, tandis que le TOEIC est proposé par ETS. Les entreprises selon les secteurs ont parfois une préférence pour l’un ou l’autre, mais les deux sont largement reconnues et finançables via le CPF.

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Camille Roussel

À propos de l'auteur

Camille Roussel

Fondatrice & rédactrice en chef · spécialité CPF & Compte Formation

Ex-consultante RH passée par un OPCO et un cabinet d'expertise-comptable, Camille a accompagné une centaine de TPE/PME dans la mise en place de leur plan de développement des compétences. Elle a fondé Montuteur en 2019 parce qu'elle en avait assez d'expliquer dix fois par semaine la différence entre Pro-A et CPF de transition au téléphone.

  • Ex-consultante RH
  • Expérience OPCO
  • Connaisseuse Qualiopi
  • 100+ plans de dev. accompagnés